ETF & Succession : Transmettre vos trackers après décès
ETF et succession : transmission selon le CTO, le PEA ou l'assurance-vie, fiscalité, donation-partage avec réserve d'usufruit et clause démembrée.
L'essentiel en 30 secondes
- À votre décès, vos ETF entrent dans votre succession et sont transmis à vos héritiers selon le Code civil et vos dispositions testamentaires.
- Sur un CTO, la purge des plus-values latentes efface l’impôt sur les gains : les héritiers repartent de la valeur au jour du décès.
- Un PEA est clôturé au décès : l’impôt sur le revenu est exonéré, mais les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus sur les gains.
- En assurance-vie, les ETF en unités de compte sont hors succession civile, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans.
- Sans lien de parenté, la taxation atteint 60 % après un abattement de 1 594 €.
À votre décès, vos Exchange Traded Funds (ETF) ne disparaissent pas. Ils entrent dans votre succession et sont transmis à vos héritiers selon les règles du Code civil et vos dispositions testamentaires.
La fiscalité et les démarches varient radicalement selon que vous déteniez ces titres via un Compte-Titres Ordinaire (CTO), un Plan d’Épargne en Actions (PEA) ou une assurance-vie. Sans préparation, l’imposition peut atteindre 60 % dans certains cas (transmission sans lien de parenté).
Ce qu’est un ETF aux yeux de la succession
Un Exchange Traded Fund (ETF), ou « tracker », est un Organisme de Placement Collectif (OPC) coté en continu. Il réplique la performance d’un indice (comme le CAC 40 ou le S&P 500). Des émetteurs majeurs comme Amundi, BlackRock (iShares) ou BNP Paribas gèrent ces fonds.
Juridiquement, détenir un ETF revient à détenir une part de copropriété d’un portefeuille de titres. Contrairement aux produits dérivés complexes, l’ETF est un titre financier qui entre dans l’actif net successoral au même titre qu’une action LVMH ou TotalEnergies.
Le cadre juridique de la succession
La succession est la transmission du patrimoine définie par le Code civil (articles 720 et suivants). En l’absence de testament, la loi impose la « dévolution légale » (ordre des héritiers).
Vos avoirs financiers sont recensés grâce au fichier FICOBA (Fichier des Comptes Bancaires et Assimilés), consulté systématiquement par le notaire. L’actif successoral net (actifs moins dettes) est ensuite partagé. C’est ici que la « nature » de l’enveloppe fiscale (CTO, PEA, Assurance-vie) devient critique pour le calcul des droits.
Comment les ETF se transmettent selon l’enveloppe
Les ETF détenus sur un compte-titres ordinaire (CTO)
Sur un CTO, les ETF entrent directement dans la succession. Un mécanisme fiscal méconnu s’applique ici : la purge des plus-values latentes.
Imaginez que vous ayez acheté pour 50 000 € d’ETF World, qui valent 100 000 € à votre décès.
| Scénario | Ce qui se passe |
|---|---|
| Si vous aviez vendu avant décès | Vous auriez payé la « Flat Tax » de 31,4 % sur les 50 000 € de gain (soit 15 700 € d’impôt et de prélèvements sociaux pour une cession réalisée depuis le 1er janvier 2026). |
| Au décès | La plus-value est effacée fiscalement. Vos héritiers reçoivent les titres avec un « prix de revient » réinitialisé à 100 000 €. S’ils vendent immédiatement, ils ne paient aucun impôt sur la plus-value, seulement les droits de succession. |
Les héritiers peuvent choisir de vendre les titres (pour payer les droits de succession) ou de demander à la banque le transfert des lignes sur leurs propres comptes-titres (transfert de propriété).
Les ETF dans un Plan d’Épargne en Actions (PEA)
Le PEA (plafond de versement de 150 000 €) a un fonctionnement plus rigide. Selon l’instruction fiscale en vigueur, le décès du titulaire entraîne la clôture automatique du plan.
Les titres sont ensuite transférés sur un compte-titres ordinaire (CTO) ouvert au nom de la succession (indivision successorale). Ils rentrent alors dans le calcul des droits de succession classiques.
Les ETF via un contrat d’assurance-vie
L’assurance-vie a un régime de transmission dérogatoire. Les ETF (en unités de compte) ne font pas partie de la succession civile (article L132-12 du Code des assurances). La fiscalité dépend de l’âge lors des versements :
- Versements avant 70 ans (Article 990 I du CGI) : abattement de 152 500 € par bénéficiaire. Taux de 20 % jusqu’à 700 000 € (après abattement), puis 31,25 %.
- Versements après 70 ans (Article 757 B du CGI) : abattement unique de 30 500 € (partagé entre tous les bénéficiaires) sur les primes versées. Les plus-values (intérêts) générées par ces primes sont exonérées de droits de succession, quel que soit leur montant.
PEA ou assurance-vie : l’impact de l’enveloppe au décès
| Caractéristique | PEA (Plan d’Épargne en Actions) | Assurance-Vie (Unités de Compte) |
|---|---|---|
| Statut au décès | Clôture irrévocable. Transfert vers CTO. | Le contrat se dénoue, versement aux bénéficiaires. |
| Prélèvements Sociaux | 18,6 % dus sur les gains nets. | 17,2 % dus sur les gains (taux maintenu pour l’assurance-vie, prélevés avant versement). |
| Droits de succession | Oui, barème progressif classique. | Régime dérogatoire (Articles 990 I / 757 B CGI). |
| Purge des plus-values | Oui pour les héritiers : les titres transférés repartent de la valeur au jour du décès (prélèvements sociaux dus sur les gains du plan). | Non applicable (fiscalité assurance-vie). |
| Liquidité | Titres transférables aux héritiers. | Versement en numéraire (sauf demande de remise de titres, rare et complexe). |
Quels droits de succession sur des ETF en 2026 ?
La fiscalité successorale française est progressive. Après application des abattements, le solde est taxé.
Droits de succession standards (CTO et PEA)
Le barème applicable en ligne directe (parents/enfants) en 2026 est le suivant, après l’abattement de 100 000 € :
| Part nette taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Frères et sœurs, concubins, amis : les cas particuliers
- Entre frères et sœurs : taxe de 35 % jusqu’à 24 430 €, puis 45 %, après un abattement de 15 932 €.
- Sans lien de parenté (concubins, amis) : taxe de 60 % après un abattement de 1 594 €. L’assurance-vie, avec son régime propre, est alors souvent utilisée.
Transmettre ses ETF de son vivant : les mécanismes
La donation-partage avec réserve d’usufruit
Sans attendre le décès, il est possible de donner la nue-propriété d’un CTO contenant des ETF.
- Avantage : vous payez les droits de donation sur une valeur réduite (ex : 60 % de la valeur si vous avez entre 61 et 70 ans, selon le barème de l’article 669 du CGI).
- Au décès : l’usufruit s’éteint et les héritiers récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires.
- Formalité : nécessite un acte notarié.
Le présent d’usage
Pour des montants plus modestes, le « présent d’usage » (cadeau pour Noël, anniversaire, réussite à un examen) n’est pas taxable et ne se déclare pas, à condition qu’il soit proportionné à vos revenus (jurisprudence constante de la Cour de cassation). Il peut s’agir de sommes qu’un enfant place ensuite sur son propre compte-titres, ou sur son PEA s’il est majeur.
La clause bénéficiaire démembrée (assurance-vie)
Le souscripteur désigne son conjoint comme usufruitier du capital (il touche les revenus/intérêts) et ses enfants comme nus-propriétaires.
- Le conjoint (exonéré de droits) profite du capital.
- Au décès du conjoint, les enfants récupèrent le capital en franchise de droits.
Les démarches administratives des héritiers
Du décès au déblocage des ETF
- Le blocage des comptes. Dès que la banque est notifiée du décès (via l’acte de décès), le CTO et le PEA sont bloqués. Plus aucun ordre d’achat ou de vente d’ETF ne peut être passé. Les dividendes continuent d’être perçus sur le compte espèces associé.
- L’inventaire et l’évaluation. La banque fournit au notaire un arrêté de compte au jour du décès. Pour les droits, les héritiers retiennent le cours moyen du jour du décès ou la moyenne des trente derniers cours (article 759 du CGI).
- Le certificat d’acquittement (Article 806 du CGI). Pour débloquer une assurance-vie ou transférer des titres importants, les établissements financiers exigent souvent un certificat délivré par le Pôle Enregistrement des impôts (formulaire 2705-A pour l’assurance-vie partielle), prouvant que les droits ont été payés ou qu’il n’y en a pas.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et éducatif uniquement et ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, juridique ou fiscal. Les lois et réglementations, notamment les seuils d’abattement et les taux d’imposition (CGI), sont susceptibles d’évoluer. Chaque situation successorale est unique. Un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine peut examiner chaque situation.
Questions fréquentes
Les héritiers peuvent-ils refuser les ETF ?
Oui, via l’option successorale : ils peuvent renoncer totalement à la succession (dettes > actifs). Ils ne peuvent pas faire de « tri » (accepter le cash mais refuser les ETF). Cependant, la clause bénéficiaire d’une assurance-vie est indépendante : on peut renoncer à la succession mais accepter l’assurance-vie (sauf cas de primes manifestement exagérées).
Vendre ses ETF avant la succession change-t-il la fiscalité ?
Sur un CTO, oui. Vendre avant le décès déclenche l’imposition immédiate des plus-values (31,4 %), alors qu’attendre le décès permet la purge des plus-values. Sur un PEA, la question est plus neutre fiscalement : au décès, les gains du plan sont exonérés d’impôt sur le revenu et seuls les prélèvements sociaux sont dus, puis les héritiers bénéficient aussi de la purge sur les titres transférés. La vente fige aussi la valeur, ce qui supprime le risque de marché mais pas l’impôt.
Comment gérer des ETF américains ou étrangers ?
Si les ETF sont logés dans un compte français (ex : ETF Amundi, y compris les anciens ETF Lyxor, sur PEA), aucune démarche spécifique internationale. Si le défunt possédait un compte à l’étranger (ex : DEGIRO, Interactive Brokers), le notaire doit inclure ces actifs. Attention : une double imposition est possible, car les conventions fiscales couvrant les successions sont peu nombreuses ; à défaut, la France impute l’impôt étranger sur les seuls biens situés hors de France.
Peut-on léguer ses ETF à une association ?
Oui. Les legs à certains organismes sont exonérés de droits de succession (article 795 du CGI) : établissements reconnus d’utilité publique dont les ressources vont à l’assistance, à la bienfaisance, à la protection de l’environnement ou des animaux, fondations universitaires, fonds de dotation, notamment. L’éligibilité de l’organisme choisi se vérifie avec le notaire.
- Code général des impôts, article 150-0 D : prix d’acquisition des titres reçus par succession (Légifrance)
- Service-public.gouv.fr : prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placement
- Service-public.gouv.fr : droits de donation et de succession, abattements et barème en ligne directe
- Code général des impôts, article 777 (tarif des droits), Légifrance
- Code général des impôts, article 990 I (assurance-vie, primes versées avant 70 ans), Légifrance
- Code général des impôts, article 757 B (assurance-vie, primes versées après 70 ans), Légifrance
- Code général des impôts, article 669 (barème de l’usufruit), Légifrance
- Code général des impôts, article 759 (valeur des titres cotés au décès), Légifrance
- Code général des impôts, article 795 (dons et legs exonérés), Légifrance